
Depuis une dizaine d'années, c'était ici que les plus grands marchands d'images du pays s'étaient donné rendez-vous pour y établir leur quartier général. Etait-ce pour reposer les yeux des réalisateurs, y calmer la fougue des reporters au retour de leurs aventures ? Habitaient-ils eux-mêmes tous la ville et voulaient-ils venir au bureau en vélo? Quand on sait à quoi ressemble Boulogne-Billancourt on peut légitimement se poser la question. Pourquoi ici. Pourquoi l'élite de l'audiovisuel français, celle qui vend du rêve, du dépaysement, et parfois même du beau, s'est-elle installée dans le néant esthétique total du triangle Boulogne-Ballard-Issy. Une banlieue qui, toujours plus riche et puissante, reste condamnée à endosser un costard petit bourgeois sans forme et qui malgré les tentatives de relooking que lui consentent les somm es astronomiques des impôts locaux de la 92 valley reste invariablement terne, quelconque et ennuyeuse .
Je suis né à Boulogne dans une clinique très classe, il y a trente ans. Parfois le dimanche j'y revenais pour rendre visite à Marcelle, la Marraine de mon père. Plus tard j' y ai fait du rugby. Et puis depuis quelques années, j'y reviens régulièrement pour essayer de vendre mes géniaux concepts d'émissions de télé. Le même caillot, la même déprime à chaque fois que je sors de mes rêveries et que la vue de ces rues s'impose.
Ce jour-là pourtant, le ciel noir avait poussé le glauque naturel du décor à tel degrés de tristesse qu'elles paraissaient étrangement moins chiantes.
L'averse battait son plein, je sortais d'un pas pressé des bureaux d'Atlantis, quand je fus arrêté par une voiture. J'interrompis ma marche un instant pour répondre au passager, à quelques mètres de l'immeuble de l'agence de presse où j'allais présenter mon projet de documentaire sur une banlieue de Naples .
-"vous parlez italien"
-si
-alors ça, c'est notre jour de chance ! me répondit-alors un quarantenaire tout sourire... Écoutes on est agents de mode. En fait, on vient de finir un salon et on a quelques invendus...on est à sec et comme on doit payer l'essence du retour...on peut te les faire à un dixième du prix. C'est des costard de luxe...
-ah ouais et pourquoi t'irais pas plutôt baiser la bouche de tes morts lui répondis-je en dialecte napolitain...la formule n'est pas de moi, là-bas c'est un classique.
Interloqués, médusés, ils accusèrent le coup quelques fractions secondes. Puis, furieux, le conducteur ouvrit la portière. Il voulait semble-t-il en découdre mais changea heureusement rapidement d'avis, visiblement dissuadé par la pluie et les klaxons... à moins que que se soit mon regard de tueur. Il remonta dans la voiture et les deux compères me rendirent finalement la politesse en une avalanche d'insultes, en disparaissant dans le trafic.
C'était deux magliari, membres de cette corporation issue des quartiers nord de Naples qui depuis plus de trente ans sillonnent les routes du monde avec la même chansons...la chanson du salon du prêt à porter italien et des invendus.
C'était peut-être un signe. A l'agence, le rendez-vous se passa très bien, comme d'ailleurs tous ceux qui m'avait valu depuis maintenant près de 6 ans de ne pas diffuser une seule images sur la télé française. Patience...
Sur la route du retour, alors que la pluie avait cessé , je repensais à mes deux lascars, en marchant d'un bon pas vers ma petite chambre de bonne du 16ème arrondissement. La satisfaction de les avoir mystifié fit alors place à un sentiment de gêne. J'étais allez un peu loin. D'accords ils avaient cherché à me baiser, mais bon j'aurais pu simplement les ignorer ou les éconduire d'une manière moins agressive.
Et puis j'en connaissais un paquet de magliari, à commencer par celui grâce à qui ce projet de documentaire était né.
Quand je suis arrivé, quelques jours après, à l'enregistrement des bagages, la fille du comptoir d' Easyjet parlait discrètement au téléphone évoquant des retards dus à un mouvement des aiguilleurs du ciel. 2 à 3 heures pour le Paris-Naples. Quand elle raccrocha et que je lui demandai si j'avais bien entendu. Elle me répondis que ce n'était là que des prévisions pessimistes, que le vol n'était pas annulé et qu'en fait on devrait selon toute probabilité partir à l'heure.
Trois heures plus tard, et après avoir embarqué avec deux heures de retard, nous étions toujours sur la piste où nous attendions l'autorisation de décoller. Les passagers français étaient de loin les plus nerveux, ils pouffaient. Les Napolitains eux, habitués à évoluer malgré toutes sortes de dysfonctionnements, en avaient profité pour négocier des boissons gratuites. Après moult négociations et gesticulations ils avaient finalement réussi à obtenir un peu d'eau et des jus, ce qui sur ce vol low coast relevait du miracle. La petite crise avait donc créer des groupuscules qui envisageaient diversement la situation. Les discutions autour de mon siège avaient rapidement dévoiler les origines des passagers, j'étais tombé dans le carré "banlieue nord". Pallunciello était de Scampia, Anello et sa copine de Mugnano, d'autres types de Marianella. Alors quand au court des présentations, je leur ai dit que j'allais bosser avec le groupe de rap Co'sang, on m'a tout de suite invité à rejoindre le cercle. Pallino était le plus marrant, c'était un Petit brun vigoureux. Il avait une tête d'espagnol, des traits à la fois typés et étrangement arrondis, presque polis. Il avait le front un peu bas, des petits yeux noirs pétillants et tombants, un nez court légèrement busqué et une bouche fine dont s'échappait continuellement un sourire plein de cette malice un peu fourbe qu'à Naples on appelle la Cazzima.
Il commanda 3 bouteilles de vin pour fêter le décollage une fois que celui-ci ai finalement eu lieu après 4 heures d'attente. Comme son siège était juste devant le mien, il se retourna pour me parler.
-Tu veux un verre, me demanda-t-il gentiment
- Non merci
-Alors comme ça tu vas bosser du côté de Secondigliano
-Oui, je vais vivre à Scampia
-Un français à Scampia , c'est marrant ça
-Des mec de Scampia à Paris aussi y a pas beaucoup , généralement ils partent plus vers l'Allemagne ou l'Angleterre...
-Oui c'est vrai
-Mais toi au fait, tu fait quoi à Paris ?
-Bon, je suis représentant pour des entreprises textiles
Là un curieux pressentiment me poussa à poser cette question brusque et intrusive
-T'es magliaro ?
-Oui comment t'as deviné répondit Pallunciello pas froissé pour un sou.
-Les mecs de Secondigliano qui font de la représentation dans le textile, ça s'appelle des magliari, non
Pallino se mit à rire
-Toi t'es vraiment un drôle de français, t'es sûr que t'es pas un peu napolitain.
-non mais à vrai dire j'ai des cousins éloignés à Secondigliano...
-ah oui
-oui pourtant je ne le savais même pas la première fois que j'ai débarqué. En fait il y a quelques années je suis venu à Naples pour étudier aux beaux-arts...et le jour où je suis arrivé ma mère m'a appelé pour me dire de les contacter...c'était vraiment par hasard
-et ça fait combien de temps que tu as fini tes études maintenant ?
-ça fait 8 ans....mais je reviens souvent.
Pallino se retourna et repris sa conversation avec le groupuscule "quartiers nord". De mon côté je parlais avec trois français qui se trouvaient sur ma droite de l'autre côté du couloir. Ils s'appelaient tous les trois Mohamed et allaient à Florence via Naples pour le week-end de sélection d' une équipe de serie C. Là aussi plutôt folko comme business.
A un moment, Pallunciello me proposa un autre verre de vin que je refusais de nouveau poliment. Pour la peine je réengageais la conversation, ce mec était vraiment sympa.
-alors les affaires à Paris, ça Marche ?
-ouais ouais ça va. En général en une semaine de boulot, on arrive à se faire de quoi vivre correctement à Naples pendant un mois. Mais bon tu sais j'ai deux enfants, donc il vaut mieux que ça vendent, sinon je dois rester plus longtemps sans les voir.
-mais c'est pas encore trop grillé à Paris, le coup des vêtements, ça fait quand même des années que ça dure ?
-Franchement on fait moins qu'avant, mais ça tourne encore. Bon parfois y a des mecs qui nous repèrent. D'ailleurs l'autre jours on est tombé sur un mec qui parlait napolitain, il nous a cramé direct. Avant même qu'on ai le temps de finir notre speech, cet enfoiré ils nous a dit d'aller baiser la gueule de nos mort, j'étais dégoûté.
Là j'ai compris, j'ai pas fait de détours
-c'était pas à Boulogne par hasard ?
-oui oui près de la porte de St-Cloud.
-désolé mec, c'était moi
-oh putain, c'est dingue ça !
En une seconde tout le carré "quartier nord" fût mis au courant de l'embrouille. Après s'être excusé mutuellement, l 'un pour tentative d'arnaque, l'autre pour les insanités, nous trinquâmes. Un verre de vin que je ne pouvais objectivement plus refuser.
Quand on arriva à l'aéroport Naples-capodichino, Pallunciello me proposa de m'accompagner en voiture à Scampia. J'acceptais, mais un petit doute me poussa à me rapprocher un instant de Anello, le mec de Mugnano, qui attendait ses bagages devant le tapis roulant. Lui connaissait personnellement mes potes rappeurs Luca et Antonio. Il était d'ailleurs un parent éloigné de ce dernier. Ce jour là le hasard n'avait effectivement pas fait dans le détail.
-Selon toi je peux me fier de ce mec...il a vraiment l'air d'avoir pris à la rigolade le coup de Boulogne, mais bon on sait jamais, y a des mecs rancuniers parfois...j'ai pas envie de finir dans une cave de la 167.
-Non franchement le mec à l'air tranquille, il connaît des type que je connais, vas-y avec lui, c'est un bon gars. J'ai tapé la bise à Anello et sa copine et rejoint Pallunciello.
Son père, un vieillard édenté, était venu le chercher en voiture. On a traversé tout Secondigliano, en parlant des dernières nouvelles du quartier en dialecte franco-napolitain. J'étais dans le bain.
Il m'a déposé via Baku jusque devant l'immeuble de Luca qui, lui, était à Londres pour vendre des costards de luxes italiens made in China. Décidément !
Avant de repartir Pallunciello me pria de ne pas hésiter à venir le voir. Je le trouverais dans le bar où il avait ses habitudes, à 100 mètres de là. Il ne m'a pas laisser son numéro, dans la cité, son nom suffisait. En fait il était beaucoup plus prudent de je ne l'étais. Les magliari restent des escrocs qui bossent en direct avec les clans. Il ne laissent pas de traces. Je ne suis jamais aller au bar...
4 mois plus tard, le soir de la Saint-Jean, Dom Thomas, le curé de Mugnano avait organisé le traditionnel concert de patronage devant l'église. La rue couverte de lampions était barrée par la police municipale. Les plus petits se pressaient devant l'estrade, les balcons des maisons étaient bondés, plus en retrait se tenaient les jeunes recrues de la "Scission", à cheval sur tes T-Maxx et des Beverly. Je me demandait si le prêtre avait bien conscience de la situation, car si tout à première vue ici rappelait le décor d'un film de Fernandel, nous étions à milles lieux de l'atmosphère burlesques des scènes du Curé de Cucugnan, ou de Dom Camillo. L' homme d'église, vêtu d' une soutane noire intégrale et d'une petite calotte, était un citoyen américain d'une cinquantaine d'année qu'on avait, par je ne sais quel mystère, envoyé ici, dans le purgatoire des banlieues napolitaines. Etait-il puni de quelques attouchements, en mission pour la CIA, pour l'Antimafia ?
Je descendis de voiture avec Gianni, Peppe et Antonio, tout trois devaient chanter ce soir. On passa devant une devanture où on pouvait lire un tag "la Scission". Gianni le fit aussitôt remarquer à Antonio . Dans le coin, le coup du graffiti pour marquer le territoire, c'était pas trop le genre de la maison. Une ineptie du plus mauvais effet dans la mesure où elle rabaissait le crime organisé napolitain à la hauteur d'un vulgaire gang de porto-ricains. Ils ne prêtèrent, par contre, pas la moindre attention à l'énorme monticule de sacs-poubelles recouvert de poudre blanche qui se trouvait juste à côté . Les premières chaleurs de l'été avaient obligé les services municipaux à couvrir les innombrables tas d'ordures qui parsemaient la ville avec de la chaux vive. Sur les quelques mètres qui séparaient la voiture de la rue de l'église on pouvait bien en compter quatre.
On se fraya un chemin parmi les spectateurs avant de rejoindre l'arrière de la scène. Les comiques lourdingues et autres chanteurs de charmes napolitains se succédèrent au micro. Antonio était nerveux, sur scène derrière l'ingé-son, se trouvait un personnage qu'il n'appréciait guère. Un certain Alfredo, larbin de Ciro le Mastino, régent du clan de Miano à Marianella. C'était une sorte de petit fourbe dont la besogne était de rapporter à son boss tout se qui se disait, tout ce qu'on s'entendait ou voyais à Marianella, le quartier d'Antonio. Depuis quelques années cette petite banlieue, satellite de Secondigliano, avait été inféodée par le clan voisin de Miano après que ses affiliés ai été décimés, incarcérés ou incorporés de force.
En plus d'être pauvre, dégradée et abandonnée de l'Etat, Marianella était à genou.
Les textes d' Antonio parlaient beaucoup de cette frustration, de la souffrance de son quartier. Il y eu donc un brief.
Bien sûr on ne changerait pas les paroles, mais on éviterait toute référence au quartier, entre les chansons. En réalité le risque était plus de pâtir d' éventuelles erreurs d'interprétations du mouchard, que de vraiment froisser qui que se soit.
Il faut dire qu'apparemment l'espion en question était vraiment très con, et qu'il guettait la moindre occasion se faire mousser auprès de son maître. Moi, alors que mes amis étaient montés sur les planches, j'essayais d'analyser la situation. Je n'y comprenais plus grand chose, nous étions en terre de Scission et les sbires de Miano étaient là à faire de la représentation au grand jour. Les deux "familles“ étaient selon toute vraisemblance en phase de réchauffement. Je me surpris donc à laisser cette curiosité un peu malsaine s'emparer de mes pensées . Pour quelle raison étrange me polluais-je, moi aussi, l' esprit avec ce genre de conneries?
A vrai dire si j'avais ça en tête c'est que les gens que je fréquentais parlaient beaucoup de ce genre de choses. Je vous assure qu'on a du mal à ne pas s'y plonger quand elles viennent chatouiller vos oreilles. Le problème c'est quand elles deviennent envahissantes au point de vous faire douter de votre conduite à une simple kermesse. Nous en étions là.
Antonio, Gianni et Peppe interprétèrent trois ou quatre chansons. Quelques adolescents dispersés dans la foule reprenaient les paroles en cœur en filmant le podium avec leur téléphones portables. A première vue, le rap sombre du collectif Poesia Cruda n'allait pas très bien avec cette scène de village. En fait il en soulignait le côté sordide. On était pas en Toscane. Ça puait les poubelles, les gens se regardaient tous avec les yeux lourds de ceux qui ont toujours vu le sang. Les jeunes étaient turbulents, les vieux résignés. Les petits groupes de filles très maquillées, perchées sur des tallons aiguilles, baladaient leur fesses bombées dans des pantalons moulants. Celles dont on osait s'approcher n'appartenaient à personne, leurs pères payaient. Elles, elles rêvaient sans doute d'un mari qui ne payerait pas. D'un mari qui fasse payer le boucher, le garagiste et poignarderaient sans pitié tout ceux qui oseraient les traiter de putes. Les visages était beaux, ils disaient tous quelque chose. Quand mes gars descendirent de l'estrade, les filles vinrent leurs demander des autographes et faire des photos avec eux. Puis un mec en costard vint à notre rencontre.
-Merci d'être venu, pour nous c'était important de vous avoir ce soir expliqua ce quinquagénaire moustachu au visage rond et avenant. Il était élégant, chaleureux, il avait un air sincère. J'avais du mal à comprendre qui il pouvait être. Antonio m'expliqua que c'était l'assesseur de Mugnano, une figure de la politique locale. L'homme nous invita à manger une saucisse dans un des stands tenu par les fidèles sur le trottoir. L'homme me demanda si j'en voulait une. J'acceptais. Ce fût alors l'occasion pour Antonio de nous présenter.
-Je vous présente Simon, un ami français.
L'homme me regarda de plus près,
-Alors comme ça c'est toi le français
Antonio fut surpris, il ne comprenait pas vraiment pour quelle raison l'assesseur semblait déjà connaître mon existence. Celui-ci reprit :
-Tu es celui qui a démasqué le magliaro en France et qui t'es fait raccompagné par lui jusqu'à chez ton ami à Scampia
-Oui c'est vrai,mais comment le savez vous
-Je suis le père d'Anello
-Mais oui c'est vrai dit Antonio, j'avais complètement oublié qu'Anello avait assisté à la scène.
L'homme prit alors à partie toutes les personnes qui se tenaient autours du stand de saucisses. Il leur raconta l'histoire. En quelques secondes je fus entouré et dû rechanter toute la contine à la première personne. A Naples les ceux qui flirtent avec le hasard intriguent, on les aime, ils portent chance. Du coup je me suis rapidement retrouvé avec pas mal de cochonnaille entre les mains. Puis l'assesseur qui m'avait laissé en proie à la curiosité de cette assemblée comme un reliquaire au milieu d' une procession revint vers nous après avoir serré quelques mains au passage. Il nous fit la bise et nous invita à passer chez lui où son fils, Anello, donnait une fête.
A ce moment la jeune fille qui présentait les artistes annonça le prochain participant...en l'occurrence le dernier
-Michele Merola, le fils naturel du grand Mario Merola est parmi nous ce soir. Il est venu pour nous interpréter les plus grand succès de ce père qui ne l'a pas reconnu, mais qui lui transmis le don. Le don de nous transporter avec sa voie magique... Michele Merola.
Je frisais l'extase. Le trash absolu de cette fête de patronage napolitaine ne pouvait pas mieux finir. Mario Merola était de loin le numéro uno de chanson de bandits napolitains, c'était mon chanteur préféré. Tout ses textes parlaient de rues, de flingues, de vendetta, d'une Naples à l'ancienne qui ne pouvait trouver meilleur théâtre que la place de l'église de cette petite paroisse en fête. Le coup du fils illégitime c'était le bouquet final. C'était parfait, La voix était identique, l'interprétation toute aussi suave, les mimiques à la hauteur de la mythique gestuelle de feu son ingrat géniteur. Antonio était aux anges, lui qui ici, était le plus autochtones des indigènes, jouissait tout autant que moi, de l'exotisme extrême de la scène. Quand c'est trop c'est tropico.
Amusé par ce spectacle, ivre d'images et de musique, j'étais ce soir là, j'avoue, incroyablement bien dans ma peau. Nous étions au beau milieux d'une des pires crises sanitaires du siècle nouveau, dans un lieux en proie aux violences du crime organisé, au fatalisme chronique d'une population lessivée et abandonnée, pourtant, la tension que je ressentais depuis mon arrivée à Naples s'était miraculeusement évanouie dans le délire de cette chaude nuit de la San Giovanni.
Mon bonheur, comme n'importe qui ici, était tout simplement de devenir un personnage auquel on s'attache. Or ce soir-là, on avait lu en public ces quelques lignes de mon histoire qui avaient créé, l'espace d'un instant, un lien mystique avec cette terre, une union naïve, douce et éphémère, une sorte de mariage de vacance.
Nous partîmes finir la soirée chez Anello après que Dom Thomas eu remercié l'assistance. Dans son jardin, il faisait bon, les filles étaient brunes, belles et curieuses.